A 21 ans, auréolé de ses premiers succès de compositeur d'opéras, Haendel quitte Hambourg et ses brumes hanséatiques pour un « Grand Tour », ce traditionnel périple initiatique au pays du beau, de la lumière et de la couleur, de la sensualité : l'Italie. Pas un créateur, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, qui ne recherche de baptême de l'art, cette révélation et cet apprentissage esthétiques décisifs. Pour imaginer le choc que constitua pour le « cher Saxon » la découverte des ciels et des paysages de Toscane - première étape, à la cour florentine des Médicis, de son odyssée ultramontaine - il suffit de tendre l'oreille. Toutes les oeuvres qui jalonnent ces années italiennes, de 1707 à 1710 - du Dixit Dominus ou des cantates romaines à l'opéra vénitien Agrippina - vibrent d'un cachet et d'un éclat singuliers, qui ne se retrouvent plus ensuite avec autant de jubilation juvénile, d'émerveillement et d'étourdissement communicatifs, de ferveur et de rayonnement apolliniens. Entourée de ses fidèles partenaires de l'ensemble RosaSolis, la soprano Magali Léger a réuni un choix judicieux de pages qui alternent feux d'artifices vocaux (le Gloria et l'« alleluja » du motet Coelestis dum spirat aura, composés pour la chapelle privée du marquis Ruspoli, mécène romain de Haendel) et méditations recueillies (le Salve Regina, ombré d'un clair-obscur caravagesque par le petit orgue baroque de Julie Blais). Par la grâce jaillissante de ses vocalises, par la fraîcheur et le naturel de ses accents, Magali Léger nous communique cette sensation euphorique que rien ne saurait borner ni freiner l'essor de l'inspiration de Haendel. Entre le génie de Monteverdi et celui de Mozart, un compositeur de 25 ans à peine, tout ensoleillé de vocalité italienne, prend son rang. A égalité.